16 mars

J’ai travaillé un peu le matin, avec YA... on avait une dead line à 13h. lui à Marseille avant de prendre le dernier train pour rentrer en suisse (il pourra pas aller jusque Berlin, la frontière est fermée....), moi d'ici. J’étais très fatigué ce lundi 16 mars. Je payais encore mon week-end, où j’ai fait tout ce qu’il ne fallait pas faire. Notamment prendre de la drogue/me saouler avec des amis à la maison et ensuite passer la nuit chez E, qui revenait de France, peut-être chargée en horreurs cosmiques coronaiques. Vendredi soir nous avions aussi mangé au resto avec A, et je me sentais presque sale. C'est fou comme vendredi soir me parait déjà loin, comme déjà un temps de l'innocence - bon une innocence  blessée mais pas encore totalement souillée. Le pizzaiolo a-t-il touché ma pizza après son passage au four ? Et la vaisselle ? La table ? Combien de personnes ont mangé sur cette chaise avant moi ? Ont-elles postillonné, ai-je un résidu sur mon pantalon ? Vais-je le ramener à la maison ? Tout ça pour inviter des potes à se saouler le lendemain… donc lundi je me suis refusé à travailler. Quand on est dans ma position, la quarantaine c’est un peu toute l’année... même si d’habitude je mange au resto le midi, sors le soir quand je peux et vais au bureau l’après midi. Ah et la piscine. Mon quotidien est moins bouleversé que celui d’une famille de cinq personnes, mais il est changé. Je me suis quand même dit qu’il fallait profiter de cette rupture mondiale du continuum de la bêtise productiviste pour moi aussi pauser mes activités normales. Et puis écrire un petit roman sur une révolution à Saint-Etienne, me parait presque dérisoire maintenant - c’est con je suis vraiment à la fin. En fait ce projet va peut etre bien terminer à la chasse. je pourrais me torcher avec. ça ferait une bonne vidéo d’artiste. Et comme mon essai sur wiliam morris n’a pas trouvé sa forme définitive encore, ça fait donc deux ans que je suis sur des trucs que je ne garderai peut-être pas. Cela m’inquiète. Je devrais peut-être profiter de la crise pour changer de format, de manière de travailler etc. crisis -> opportunity. tout ça. Hier après midi je suis sorti faire des courses et marcher un peu. Ma sciatqiue va mieux. Je marche pour de vrai maintenant. Le timing a finalement été plutôt bon je dois dire, parce qu'être incapable d’aller au supermarché de nos jours c’est compliqué… Bon les supermarchés bios qui au début étaient épargnés par les raids d’achat de survie ne le sont plus. Les épiceries arabes par contre ont encore du stock de pois-chiche et de sardines. Je ne fais pas de courses massives de survie mais j’avoue j’achete plus que d’habitude. normalement je fais les courses tous les jours et mon frigo est quasi vide en permanence. parce que j’aime acheter juste ce dont j’ai besoin pour les deux prochains repas, aller au magasin, prendre mon temps pour choisir. faire les courses est devenu ^plus compliqué. il est assez facile de paniquer. Le caissier touche des objets touchés par des milliers de gens toute la journée. le tapis roulant de la caisse idem. Les fruits eux meme ont été remués par des gens. depuis aujourd’hui je désinffecte tout en rentrant à la maison (je desinffecte au savon ou a l'eau, impossible de trouver du gel machin. dévalisé). aucune idée de si ça fonctionne. je sens bien une légère psychose monter.mon humeur « globale » est cependant meilleure que mon humeur intime. j’ai l’espoir probablement idiot que cette maladie va mettre le capital à genou. je pense que c’est nécessaire à notre survie en tant qu’espèce : il faut détruire la part surnuméraire de l’appareil de production. il faut réadapter l’appareil de produciton vers le local. vite. impossible à faire en conditions capitalistes. mais là… mais là même un macron voit bien que la chaine de valeur ultrafragmentée ou chaque piece détachée est faite dans un pays différent n’a aucun sens. ou il fait au moins semblant; Nous ne savons même plus fabriquer l’ibuprofène. ni la plupart de nos machines outils. et je ne parle pas de composants électroniques etc. d’autant qu’il y en aura d’autres, des crises similaires. et donc que nous n’avons rationellement plus le choix…
Sauf que bien entendu les gens qui nous dirigent ont été dopés à une folie furieuse déguisée en science, qu’acheter à Paris du poisson surgelé pêché en Alaska et vidé en Chine leur parait normal, et qu’ils seront incapables de changer leur « logiciel » comme on dit chez eux. parce que la concurrence. compétitivité ! Macron prétend devoir en changer, il y a fait allusion dans son premier discours.  il ment - j'ai pas pu m'empêcher de vouloir y croire un tout petit peu, que le président des riches soit obligé de trouver la raison, même si elle n'est pas dans l'intérêt accumulatoire de ses obligés. peut etre, me suis-je dit comme un idiot innocent, qu’on pourra se passer d’une révolution, forcément troublée et sanglante,  grace au corona. il ya cette idée que le système qui fonctionen sans a moindre idée ou conception ou rêve d'interruption ne serait-ce que momentanée, va devoir pauser quelques mois. cela implique que les gens au bout d'un moment ne paieront plus leur loyer. ni leurs emprunts. qu'il va donc falloir mettre en place des moratoires. ils y pensent pour les entreprise, mais les particuliers seront vite dans ce cas... oh ça pourrait aller vite... ce matin au réveil je suis bien moins sur. tout reviendra à la normale. les gens continueront à vouloir des écrans 4K et mépriseront leur voisin avec une voiture pourrie et s’achèteront de l’électro ménager et des nouveaux canapés pour asseoir leur statut social, ils mangeront la même viande de boeuf de merde par kilos et dès que la maladie sera partie on relancera la locomotive folle (cela dit  j’ai au moins l’espoir d’un summer of love à Berlin si l’épidémie s’arrête dans les temps).
Sinon je rewatche breaking bad. c’est bien breaking bad. même si cette passion pour les personnages « gris » cad moralement douteux et compromis dans une machine monstrueuse, qui est à peu près le coeur du story telling des séries télés depuis 15 ans (game of thrones…), et bien elle commence à me courir sur le haricot. je ne supporte plus ce mélange de cynisme et de résignation au nom du réalisme.  il a bon dos le réalisme de nos fictions... il faudrait un peu avoir le courage de se penser autrement que comme des marionnettes d’un démiurge plus fort que nous. j’ai quelques idées. Le monde s’en fout. fair enough.
Hier lors de ma promenade, parce que sans piscine je me suis décidé à mettre en parallèle promenade et chi qong sur internet, ce qui prouve définitivement que je suis devenu vieux, hier donc, bodin platz un gars s’est bien raclé le fond de la gorge et a balancé un gros glaviot à un mètre de lui devant. je me suis rarement senti autant offensé. un adulte hein. bon, évidemment j’ai rien dit. alors qu’il méritait mon poing, ou disons une batte de base ball, dans la gueule. j’ai rien dit. j’ai pas été éduqué pour gueuler sur les gens comme ça. c’est un problème. en ces temps devenus tragiques c’est même honteux. quoi qu’il en soit j’ai l’intention de multiplier les balades à pied, voire les randonnées en ville. c’est bien de voir sa ville à pied et de s’y déplacer sans véritable but. rouvrir les yeux. Berlin et moi on a beaucoup de non dits depuis quelques années, on a besoin de se retrouver, de repenser notre relation, de remettre de l’étincelle, et du physique aussi. sauf que d'ici quelques jours ce sera interdit.



 

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